Archive

Archive for novembre 2010

Quand on annonce la couleur : « Le fait de préparer une thèse doit être dissocié du fait de bénéficier du statut de doctorant »

Depuis quelques semaines, un certain nombre d’informations, qui nous sont parvenues, indique que plusieurs conseils doctoraux ont (ou sont en train) de voter des règlementations très restrictives concernant la réalisation du doctorat au-delà de la 5ème année. A titre d’exemple, voici l’extrait d’une décision votée à l’unanimité au conseil doctoral de science politique à l’Université Lyon 2, le 20 octobre 2010 :

« Le nombre de thèses dirigées par directeur de recherche ne devra plus dépasser six : application progressive supposant qu’aucune nouvelle direction de thèse ne peut plus être attribuée dorénavant si le total des thèses encadrées dépasse alors six. Le renouvellement des inscriptions en quatrième et cinquième années de thèse sera strictement conditionné par un avancement du travail permettant de prévoir une soutenance rapide. Tout renouvellement au-delà de cinq ans sera dorénavant exclu, le doctorant pourra alors poursuivre sa thèse mais sans pouvoir bénéficier des avantages liés au statut de doctorant (remboursements, accès aux locaux et au matériel…) et en ne figurant plus dans les listes du Doctorat ni de son laboratoire. Une réinscription est toujours possible lors de l’organisation de la soutenance. En d’autres termes, le fait de préparer une thèse doit être dissocié du fait de bénéficier du statut de doctorant. Les noms des doctorants non autorisés à se réinscrire seront enlevés des listes au fur et à mesure. »

Loin d’être un cas isolé ou spécifique à la discipline, ce type de mesures, inspirées de ce qui se décide au sein des instances dirigeantes du PRES, est appelé à se généraliser et à devenir la norme. Or, outre la méthode consistant à systématiquement de ne pas associer les doctorants à des prises de décisions qui les concernent au premier chef, les conséquences possibles de telles mesures sont véritablement graves :
– Annulation des possibilités de financement (remboursement frais pour la participation à des colloques, prise en charge des frais pour le PEB (prêt inter-bibliothèques), etc.)
– Exclusion du collectif des doctorants du laboratoire (via la désinscription du registre des doctorants donc du CV en ligne sur le site du laboratoire, éventuellement de la messagerie professionnelle puisque les mises à jour se font sur la base de ce registre, accès au mailing-list…)
– Réduction du nombre de doctorants par directeur de thèse sans élargissement du nombre de directeurs

Le collectif Jeunes chercheurs de Lyon s’en inquiète fortement et invite l’ensemble des doctorants ou vacataires à faire remonter les informations sur la situation dans leur École doctorale. Il est
notamment important que des doctorants soient présents dans les conseils de laboratoire et conseils de doctorat pour démontrer que la situation mérite un débat beaucoup plus profond. Il va sans dire qu’il n’est pas envisageable que les doctorants, souvent dans une situation
difficile (vacations non mensualisées et sous-payées ; problème de CDU ; frais d’inscription sans fondements clairs, etc), deviennent la variable d’ajustement de la mise en œuvre de l’autonomie des
universités qui organise la précarité et favorise l’application non-concertée de ces nouvelles dispositions.

Si des contraintes nouvelles se mettent en place pour les doctorants, il faudra qu’il y en
ait également pour les directeurs de thèse (conditionnement de la prime
d’encadrement doctoral à un véritable suivi, participation des doctorants à l’élaboration de la formation doctorale, facilitation de l’insertion dans les réseaux scientifiques, etc).

Le 9 novembre 2010,

Collectif Jeunes chercheurs de Lyon